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Les Hespérides de la Côte d'Azur

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Bigaradier bizarrerie

Bigaradier bizarrerie

 

« Les végétaux dont nous allons retracer l’histoire, sont aujourd’hui généralement connus sous les noms collectifs de Citri et d’Orangers : ils forment le type d’une famille que les botanistes promoteurs de la méthode naturelle, appellent Hesperides et Arauntia : l’élégance de leur port, la beauté de leur feuillage, la grâce et la suavité de leurs fleurs, la couleur, le parfum, la fraîcheur et les qualités bienfaisantes de leurs fruits, les rendent le plus riche et le plus bel ornement du globe. »

 

Antoine Risso

 

Une légende veut qu’Adam et Eve, chassés du Jardin d’Eden, aient parcouru la Terre à la recherche d’un nouveau paradis. Ils trouvèrent la région de Menton et y plantèrent un fruit volé lors de leur déchéance. Eve intima ensuite au fruit, un agrume, de croître et de foisonner. C’est ainsi que la Riviera devint, de Menton à Hyères, une terre privilégiée pour la culture des agrumes.

Si le culte festif des agrumes - et en particulier du citron - à Menton remonte à 1934 quand la mairie, pour développer le tourisme et mettre à l’honneur un produit de son terroir, créa la « Fête du Citron », c'est une autre ville de villégiature hivernale, Hyères, qui fut qualifiée pendant longtemps de nouveau jardin des Hespérides en référence au terme botanique dérivé du jardin dans lequel Hercule pour son onzième travail dut cueillir des pommes d'or.

 

Oranger de Nice

 

Il faut dire que la Provence fut dès le XIVème siècle une terre d'orangers et d'agrumes. À Hyères plus particulièrement, le climat doux et le sol fertile permirent la production d'oranges toute l'année dans de petits jardins clos entourés de murs. Les oranges étaient cueillies avant maturité, emballées dans des corbeilles ou des caisses puis étaient transportées à dos de mulets jusqu'à Lyon ou embarquées sur des tartanes à la Madrague de Giens jusqu'à Marseille d'où elles partaient vers Lyon, Paris....
De Diane de Vichy venue passer un hiver à Hyères en 1767-1768 à Johanna Schopenhauer en 1817 ou Aubin-Louis Millin en 1847, tous décrivent ces vergers d'orangers couverts de fruits et de fleurs. Antoine Fargeton écrit, par exemple, en 1767-1768 : « Au dessous de la fenêtre commencent les jardins d’Hyères qui seraient mieux nommés une forêt d’orangers, de grenadiers et de citronniers... ». Tandis que le pasteur Christian Mylius affirme (en 1819) que le jardin Filhe compte « 18 000 orangers, chargés de fleurs et de fruits [et] de nombreuses variétés de citronniers, de bigaradiers, de cédrats, de bergamotiers et de grenadiers, en plus d’arbres fruitiers tel le pêcher ou le poirier.»

 

Pourtant, à partir de 1840, commence le déclin de cette culture. Des hivers exceptionnellement froids auxquels s'ajoute l'apparition d'un champignon fragilisent les arbres. La concurrence de l'Espagne et de la Sicile entraîne la disparition définitive du commerce des oranges à Hyères. Alphonse Denis bien qu'engagé dans la grande aventure de l'acclimatation de plantes exotiques qui s'empare de la Côte d'Azur au XIXème siècle n'est pas homme à négliger le passé du terroir qu'il affectionne tant. Il n'est ainsi pas étonnant de retrouver dans sa bibliothèque l'un des tous premiers ouvrages de référence sur les agrumes auxquels il avait consacré un article dans l'éphémère « Bulletin de la Société d'Horticulture et Naturalisation Végétale d'Hyères » en 1864. Cet ouvrage, Hesperides sive De malorum aureorum cultura et usu libri quatuor, est l’un des premiers traités d’importance sur les agrumes. Rédigé en 1646, par Giovanni Battista Ferrari (1584-1655) et publié à Rome en 1646, il est encore, à l’époque de Denis, un ouvrage de botanique remarquable par ses gravures.

 

Alphonse Denis a lu ou du moins connais un autre ouvrage sur les agrumes : il s’agit de « L’histoire naturelle des orangers » rédigée par Antoine Risso et illustrée par Antoine Pointeau , qu’il cite à plusieurs reprises dans sa monographie « Hyères, ancien et moderne » au moment d’aborder la question de l’oranger sur le territoire hyérois.

 

Publiée – en 19 livraisons – entre 1818 et 1822 à Paris et dédié à la duchesse de Berry, cette histoire naturelle devient – immédiatement – à sa parution le plus bel ouvrage jamais consacré aux orangers et un des plus importants aux fruits. Son auteur, Antoine Risso (1777-1845), signe là un ouvrage majeur, visant à l’exhaustivité. C’est ainsi qu’il décrit 169 espèces ou variétés d'oranger, d’agrumes, d’hybrides et de cultivars. Il y aborde tant leur culture (en serre ou en pleine terre) que les remèdes à leurs maladies, leur récolte, leur histoire, leur usage et la manière dont ils peuvent être cuisinés.

 

L’importance de l’ouvrage est telle qu’il rend obsolète tous les traités précédents, leurs diagnoses ainsi que leurs illustrations. Les gravures – en pointillé – des agrumes exécutées par Antoine Pointeau (1766-1854) atteignent un degré de précision et de douceur inouï. À l'instar de « Hesperides sive De malorum... » pour chaque variété, un rameau floro-frutifère ainsi que le fruit coupé en deux sont représentés, accompagnés parfois des noms vernaculaires dont certains ne manque pas d’un certain degré d’humour ou de poésie (« oranger à fruit mammifère », « oranger pomme d’Adam des parisiens », « oranger à fruit changeant », « bigaradier riche dépouille », « bigaradier à feuilles de saule », « bigaradier bizarrerie ».

 

Bigaradier violet

Pompoleon ordinaire

                                   Bigaradier violet                                                                                               Pompoleon ordinaire

Bigaradier fruit corniculeCedratier de Florence

                             Bigaradier à fruit cornicole                                                                                 Cédratier de Florence

 

L'ouvrage connaît un tel succès qu'il sera réédité à plusieurs reprises : en 1822, en 1872 (avec l'ajout par le professeur Du Breuil d'un chapitre de circonstance « De la culture des orangers dans le midi de l'Europe et en Algérie ») et pour finir en 2002.

 

L'exemplaire acquis par la médiathèque dans l'esprit de la bibliothèque d'Alphonse Denis fait partie de l'édition originale ; il s'agit de l'un des rarissimes exemplaires en grand papier, de format in-folio. L'ouvrage est complet de ses 109 planches gravées au pointillé. Un étui-chemise a – par ailleurs – été réalisé pour un précédent propriétaire : en demi percaline chagrinée brune, avec un dos carré orné d'une pièce de titre havane, et des plats de papier ancien. Un emboîtement réalisé dans le même esprit permet une conservation optimale de l'ouvrage.

 

De nos jours, bien des hybrides ou des cultivars présentés par Antoine Risso (aussi auteur d'une Ichtyologie de Nice en 1810) dans son maître-ouvrage ne sont plus trouvables sur les étals des marchés de Menton à Hyères ; surtout un, le « limonier paradis » dont on dit qu'il fut celui planté par Adam et Eve...

 

Histoire naturelle des orangers / Antoine Risso, gravures d'Antoine Pointeau

Fonds Patrimonial

Cote 333L RIS